Zika ou un autre type de grippe: Madagascar est frappé

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Les centres de santé, les dispensaires et les hôpitaux malgaches sont pris d’assauts par des patients touchés par une sorte de grippe virulente depuis au moins un mois. Des médecins confirment que les médicaments génériques recommandés par les bailleurs de fonds et le ministère de la Santé sont impuissants devant la virulence de cette maladie. D’autant plus qu’une vague de froid frappe la haute terre malgache, pour Antsirabe la température minimaleest de 6° et pour 8° pour Antananarivo. Des basses températures qui aggravent les courbatures et exacerbent les effets de malnutrition qui atteint plus de 80% de la population.

Alerte

Au mois de Mai, le ministère des Affaires étrangères françaises avait mis en garde les touristes français de l’existence du Zika à Madagascar puis se rétractait devant le démenti du ministère de la Santé malgache. Toutefois, il n’a pas complètement écarté la menace en disant : « Les moustiques vecteurs par lesquels le virus Zika peut se transmettre sont néanmoins présents à Madagascar. Il est donc important de se prémunir de toute piqure de moustiques par le recours à des mesures de protection individuelle (sprays, crèmes, diffuseurs électriques, moustiquaires…), que ce soit en prévention de Zika ou d’autres virus/infections transmises par les moustiques. »

Démenti

Le démenti du ministère de la Santé a mis  à plat toute discussion sur le Zika et les responsables de la santé publique ne donnent aucune consigne sur les précautions à prendre devant cette maladie qui frappe la population. Alors que la première mission d’un ministère digne de ce nom est d’assurer les informations sanitaires. Le service de Communication du ministère de la Santé a failli à sa mission et comme dans les cas des pestes, ce service n’aide pas la population mais s’amuse plutôt à protéger l’image du gouvernement.

Zika ou pas, le droit à l’information est un droit fondamental de la population.

Un conseil pour se soigner, cliquez Comment soigner la maladie du virus de Zika ?

Biopiraterie : Les plantes médicinales malgaches pillées par les grands laboratoires

Longoza

 Depuis près d’une dizaine d’années, les grandes industries pharmaceutiques et surtout cosmétiques commencent à s’intéresser à ces plantes malgaches dont les vertus sont connus depuis des siècles par les savants traditionnels. Chaque nouveau composant trouvé est directement breveté par le laboratoire étranger et par conséquent, leur appartient. Des peuples indigènes d’Amazonie ont pourtant remporté une victoire devant l’Office des brevets et du registre des marques des Etats-Unis. Un exemple à suivre pour tous les pays riches en biodiversité.

Médecine traditionnelle. Ces mots évoquent plusieurs choses à Madagascar : soins par les plantes, pharmacopée, phytothérapie, charlatan. Mais rares sont ceux qui savent que l’Ile Rouge devient un endroit stratégique pour les Grands de l’industrie du cosmétique comme Chanel,  et Dior. Madagascar sanctuaire de la nature n’est pas un vain slogan pour ces industriels, ils trouvent un moyen  palpable pour traduire cette nature luxuriante en matières sonnantes et trébuchantes. Des organisations non-gouvernementales et des associations leur servent de bras actifs pour soutirer les savoirs traditionnels et pour aider les pauvres populations locales à cueillir en grande quantité ces perles rares cachées auparavant sous les arbres connus par les seuls savants.

Madagascar abrite près de 13 000 plantes dont 80% endémiques. Une grande majorité de ces plantes ne sont pas répertoriées par les scientifiques, faute de moyens. Alors que Madagascar est le 4è pays le plus riche en flores dans le monde. Depuis près d’une dizaine d’années, les grandes industries pharmaceutiques et surtout cosmétiques commencent à s’intéresser à ces plantes dont les vertus sont connus depuis des siècles par les savants traditionnels. En 2010, Madagascar a exporté de 908 tonnes de plantes médicinales. L’aloès, le Ravintsara et le Mandravasarotra sont les plus demandés.  Mais des plantes rares  commencent à suivre leur pas, c’est le cas du gingembre bleu qui est entré dans la fabrication d’Hydra Beauty de Chanel et des fruits de longoza dans les gammes de Capture Total de Dior. Mais il y aussi les huiles essentielles qui servent à fabriquer des parfums et d’autres produits. A l’exemple de la société Biolandes qui produit au nord, plus de 2 tonnes d’essence d’Ylang certifiée Bio et de 500 kg d’essence de Vétiver certifiée Bio, 50 à 100 tonnes de gousses de Vanille. A l’est, Biolandes organise des campagnes de distillation d’essence de Tagete et de Ravintsara sur des zones très étendues avec des équipements de brousse adaptés aux conditions locales.

En travaillant avec des ONG et des coopératives, utilisant les fonds sociaux, humanitaires et environnementaux de ces grands groupes, des milliers de paysans malgaches travaillent directement pour l’exportation des savoirs locaux. Dans le Vatovay-Fitovinany, près de 300 personnes aident à collecter les fruits de longoza en gagnant 5 000 ariary par jour. « Nous savons que les fruits sont exportés mais on ne sait pas exactement. Ce qui nous réjouit, c’est de voir notre niveau de vie s’améliorer », souligne Botomena, l’un des collecteurs. A Vohimana, près de Moramanga, l’ONG « L’Homme et l’environnement » a passé un accord avec Channel pour produire le gingembre bleu en payant les paysans plus de 30% par rapport au prix du marché. En plus Chanel a octroyé un financement pour assurer la cantine scolaire du village, ce qui a permis d’augmenter le taux de fréquentation scolaire.

Faute de moyens, le gouvernement malgache accorde aux firmes étrangères le droit d’effectuer les recherches sur les espèces inconnues. Chaque nouveau composant trouvé est directement breveté par le laboratoire étranger et par conséquent, leur appartient. Comme l’admet Hanitriniaina Razafimandimby, l’ethnobotaniste qui a monté une société pour exporter les fruits de longoza en France. «  Dior a acheté le brevet de molécule utilisé dans la fabrication de ces produits », mais normalement, le longoza n’appartient ni à la société d’exportation ni à la communauté de cueilleurs.

Le patrimoine botanique de Madagascar est pillé sans aucune réaction de la part des décideurs étatiques. Et même le plus grand centre de recherche du pays, l’Institut malgache de recherche appliquée (IMRA)  participe à cette braderie des richesses écologiques du pays. «  Comme nous ne disposons pas de laboratoire sophistiqué, nous sommes obligés de fournir les grands laboratoires en plantes. Nous proposons également nos services, en tant que guides et experts scientifiques, pour servir de liaison entre les savants traditionnels et les scientifiques étrangers », précise un chercheur à l’Imra.

Ces  « pirates biologiques » sont chargés d’intégrer les populations rurales afin d’observer leurs méthodes de traitements par les plantes médicinales et de « voler » leur savoir pour ensuite le breveter. A Vohimana, d’après un article paru à Paris-Match, une société franco-malgache a sorti un livre qui « recense 300 espèces de plantes endémiques exploitées par les tradipraticiens, avec conseils d’utilisation et illustrations à l’appui » .On peut dire qu’il s’agit tout simplement de vol des savoirs locaux.

Pire, ces grands laboratoires pharmaceutiques et cosmétiques font partie des grands consortiums qui visaient l’accaparement de vastes terrains avant la chute du régime Ravalomanana selon Infoguerre, un portail d’un centre de réflexion sur la guerre économique. Et beaucoup d’indices indiquent que cette politique sera reprise d’ici peu. Madagascar reste prisonnier de la loi foncière accordant aux étrangers le droit d’acheter du terrain adoptée en 2006.

Ce qui veut dire que Madagascar a affaire avec des très grandes firmes qui ne reculent devant aucun obstacle. Aujourd’hui la France est le leader mondial du secteur de la cosmétique mais elle  n’est que la 4ème plus forte demande de produits cosmétiques derrière les Etats-Unis, le Japon et le Brésil qui risque de progresser ces prochaines années. Sachant que ce marché connait une  croissance moyenne de 5% par an, on pourrait imaginer l’opportunité et l’enjeu  stratégique que représente Madagascar pour ces  géants.

 « Les plantes n’ont pas de valeur commerciale »

A Madagascar, les plantes médicinales ne sont pas considérées sous cet angle économique. Au contraire, on pense que le longoza qui est une plante sauvage qui s’implante au long de la rue n’a pas de valeur commerciale. « C’est une plante insignifiante et tant mieux si les vazaha acceptent d’acheter les fruits », remarque avec légèreté les cueilleurs. De ce point de vue donc, les Malgaches ne sont pas conscients du poids écologique du pays, une inconscience que les étrangers savent exploiter à fonds.
Mais même les plantes médicinales perdent petit à petit leur valeur magique. Bien que 80% de la population recours à leur vertu pour se soigner, c’est plus par nécessité que par conviction. La faiblesse du pouvoir d’achat, l’inflation, l’éloignement ou la fermeture des centres médicaux les plus proches obligent la majorité des Malgaches à se tourner vers médecine ancestrale. En ville, on regarde parfois ces soins traditionnels d’un œil plutôt méfiant. La confusion entre la phytothérapie et la religion traditionnelle où les des guérisseurs utilisent également les vertus des plantes y est également pour quelque chose. « La médecine traditionnelle manque de précision. J’ai bien peur que cette absence de rigueur peut rendre les plantes dangereuses », souligne un médecin généraliste qui fréquente des malades qui voient leur maladie s’aggraver avec l’utilisation des plantes.

Alors que le ministère de la Santé s’astreint à légiférer et uniformiser le secteur de la médecine traditionnelle. Au contraire, ce dernier tend de plus en plus vers une diversité qui échappe à son contrôle. Un projet de texte de loi est en cours d’élaboration pour normaliser le secteur, et un décret devrait être publié sur la vente de plantes non transformées. Quelques centaines de pratiquants s’affilient à l’association des praticiens de médecine traditionnelle qui est loin d’être près de la réalité. Des milliers d’autres pratiquent ce savoir dans l’incognito. Ce qui facilite l’entrée en scène des charlatans qui eux n’hésitent pas à faire beaucoup de publicité. Faisant appel à des savoirs ancestraux comme le massage, le recours aux potions de plantes, des faux pratiquants attirent beaucoup de clientèle en s’appuyant sur une vaste campagne de publicité.

Pour les communs des Malgaches, la médecine traditionnelle, la connaissance des plantes se cantonnent dans ces savoirs ancestraux. Mais il y a d’autres enjeux plus vastes derrière cette richesse qui est loin d’être complètement exploitée : des enjeux scientifiques et économiques mondiaux.

Trompés et amadoués par des agents des ONG bien rompus aux stratégies de persuasion, les tradipraticiens deviennent à leur insu des maillons forts de ce piratage des plantes et des savoirs traditionnels. Tandis que les populations locales voient leur niveau de vie s’améliorer ne pensent pas que ces coopératives et ONG volent d’une manière détournée leur richesse. Alors que Madagascar pourra tirer des masses d’argent rien qu’en empochant le brevet de ces plantes : ravintsara, longoza, verveine de Madagascar, aloès, …

Conserver des droits ancestraux

D’autres peuples ont réussi à lutter contre ces pratiques considérées souvent comme de la biopiraterie. A l’exemple des peuples indigènes d’Amazonie ont remporté une victoire devant l’Office des brevets et du registre des marques des Etats-Unis, puisque celui-ci a annulé un brevet obtenu en 1986 par un Californien sur une plante dénommée ayahuasca ou yage selon les régions servant à fabriquer une boisson traditionnelle utilisée dans des rituels religieux. Par ce jugement, les communautés d’Amazonie conservent leurs droits ancestraux sur la plante. « Ce n’est pas que les peuples indigènes soient contre le fait d’engager de nouvelles recherches. Le problème est qu’il y a eu usurpation illégale des connaissances traditionnelles, sans que les peuples indigènes puissent bénéficier des activités générées par la recherche », explique Rodrigo de la Cruz, membre de l’équipe légale de la COICA.

Un autre exemple : Des organisations d’Amazonie protestent contre le brevet sur le cupuaçu (un fruit)  Au nom de  cupuaçu, l’entreprise japonaise Asahi Foods.a posé une marque déposée.  L’objectif de la campagne est d’obtenir une législation brésilienne adaptée à la défense des savoirs traditionnels et indigènes, comme les formules utilisées ou les semences locales. Ces communautés exigent que le Brésil adopte une attitude ferme contre les brevets sur l’être vivant dans les délibérations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et des Nations unies.

Des préoccupations qui sont loin des débats à Madagascar. Alors que les brevets au lieux de l’implantation des laboratoires cosmétiques sont de ressources économiques de plus pour Madagascar. Ces communautés amazoniennes ont fait appel à des grandes organisations comme Green Peace pour appuyer leur réclamation. Il est temps pour les Malgaches de protéger leur droit, leur pays et leur richesse.

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Petite lexique de la biodiversité

Bioprospection : c’est l’inventaire et l’évaluation des éléments constitutifs de la diversité biologique ou d’une biodiversité  d’un écosystème particulier. Elle peut avoir un objectif scientifique, un objectif économique, ou encore viser à la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité suivant les principes de la convention sur la diversité écologique.

Biopiraterie : C’est le fait de s’approprier les ressources biologiques d’un pays ou d’une population à des fins commerciales. Elle est essentiellement pratiquée par les pays du Nord au détriment de ceux du Sud, par le biais de dépôts de brevets sur des gènes ou des espèces, qui garantissent à leurs détenteurs l’exclusivité des bénéfices lies à la commercialisation des produits qui en sont dérivés.

Biotechnologie : Ensemble des méthodes ou techniques utilisant des éléments du vivant (organismes, cellules, éléments subcellulaires ou moléculaires) pour rechercher, produire ou modifier des éléments ou organismes d’origine animale ou végétale. 

Droits de la femme et malnutrition des enfants

La lutte contre la malnutrition ne relève pas uniquement du problème de santé, (alimentation, accès aux soins et hygiènes de base). Elle relève surtout de la culture. Il est prouvé par l’Unicef que la discrimination envers les femmes fait partie des causes structurelles de la malnutrition.Les traditions, les pratiques quotidiennes et surtout l’impossibilité pour les jeunes mères de famille à prendre des décisions concernant l’alimentation du ménage sont à l’origine des mauvaises alimentations des femmes enceintes et allaitantes. Mais les carences alimentaires de ces femmes jeunes sont à la base de la malnutrition des enfants selon la théorie d’une liaison intergénérationnelle. Le faible niveau d’instruction des femmes malgaches ne leur permet pas de lutter contre ces pratiques séculaires. La relation entre la discrimination envers les femmes et la malnutrition est déjà prouvée dans plusieurs pays. Madagascar n’échappe pas à ce cercle vicieux entre femmes sans droits et enfants malnutris.

Pour voir la suite, contacter mifanakalo@gmail.com